Il y a des séances qui vous changent. Pas seulement la personne qui est allongée sur le fauteuil, nous aussi, en tant que thérapeute. Des séances où quelque chose de si juste se produit que nous restons là, un moment, silencieuse, à mesurer ce qui vient de traverser la pièce.
Cette séance là était de celles-ci. Et c'est parce qu'elle m'a profondément émue aux larmes, que je vous en parle ici, sous couvert de l'anonymat.
Une cliente est venue me voir pour un "désordre amoureux" selon SELLAM (Cf : "le sens caché des désordres amoureux"). Ce que nous avons trouvé au fond d'elle, ce jour-là, était bien plus ancien. Bien plus fondamental. Une présence qu'elle portait comme une absence depuis le premier souffle de sa vie.
Ce que le corps sait avant l'esprit :
Avant même de commencer la séance, quelque chose s'est passé dans l'ascenseur. Une grosse angoisse, m'a-t-elle dit. En arrivant devant les portes. Puis, quand elles se sont ouvertes, elle s'est arrêtée. Puis, il y a eu ce capitonnage intérieur. Cette texture rose, douce, moelleuse. Elle l'avait déjà vue quelque part. C'était exactement le tissu qu'elle avait choisi, dans une séance précédente, pour envelopper et protéger son cœur. Son inconscient avait tapissé la descente vers ses profondeurs avec la même douceur que celle qu'elle avait choisie pour se protéger. Le message était là, silencieux et limpide : tu peux descendre. C'est sécurisé. C'est doux. C'est toi.
Le psychisme ne fait jamais rien par hasard. Il prépare ce qu'il sait devoir arriver — bien avant que le mental conscient n'ait la moindre idée de ce qui l'attend.
La descente, niveau moins trois
En hypnose, elle est descendue. Niveau moins trois. Quand les portes se sont ouvertes, il faisait noir, comme un sous-sol, comme un garage abandonné. Une nouvelle vague d'angoisse. Alors je lui ai suggéré de faire un aller-retour dans son lieu sécure. Elle y est allée. Elle est revenue, d'elle même et la séance a pu continuer;
L'angoisse avait disparu. Ce retour volontaire dans le noir, après être allée chercher de la ressource, c'est un acte de courage intérieur immense. Le corps avait dit : je suis prête. Pas le mental. C'est dans ce noir, dans ce silence souterrain, qu'elle l'a vu.
La forme blanche aux yeux noirs
Alors qu'il ne lui ai suggéré que de RESSENTIR l'espace autour d'elle avec tous ses sens, elle m'a chuchoté : « Je le vois. »
Deux mots. Et dans la pièce, quelque chose a changé de densité. Elle m'a décrit une forme lumineuse, blanche, avec de grands yeux noirs. Uniquement sur son côté gauche. Qui cherchait le contact. Cette apparence n'était pas construite, pas suggérée. Elle était exactement ce qu'elle devait être. Un fœtus très précoce ressemble objectivement à ce que l'imaginaire populaire appelle "extraterrestre" : grande tête, corps translucide, yeux immenses. Son inconscient a produit l'image biologiquement la plus juste, sans que personne n'ait rien dit. Le côté gauche, en symbolique corporelle et transgénérationnelle, c'est le côté maternel, le passé, ce qui précède. Il s'était placé exactement à sa place d'origine. Il attendait. Oui, il attendait que cela soit le bon moment.
La rencontre, quand deux moitiés se retrouvent :
Je lui ai dit qu'elle pouvait rester à la distance qu'elle voulait. Se rapprocher. Ou le toucher. Que tout était juste et qu'elle devait se fier à ses ressentis et ses envies ... se laisser porter par le moment vécu ... Elle l'a pris dans ses bras. Il y a eu beaucoup d'émotions. Énormément d'amour, m'a-t-elle dit. Et puis ce mot qui m'a traversée :
« Un soulagement immense. ». Le soulagement n'est pas une émotion douce. C'est la fin d'une tension que l'on portait sans savoir qu'on la portait. C'est le corps qui dit enfin. C'est la libération d'un poids qui datait du premier instant de sa vie — avant même les mots, avant même les souvenirs.
« J'ai l'impression de m'être retrouvée moi-même » :
Avant même que je lui dise qu'elle venait de rencontrer son jumeau perdu, avant le mot, elle m'a dit ça. Parce que c'est exactement ce qui s'était passé.
Quand on perd un jumeau in utero, on perd une partie de soi. Pas un autre séparé de soi, une moitié de soi-même restée dans un ailleurs inaccessible. On passe alors sa vie avec une sensation inexplicable : quelque chose manque. Un vide sans nom. Une solitude que rien ne comble, même entourée de beaucoup de monde.
On cherche ce manque dans les relations. On fusionne. On s'accroche. On confond la dépendance amoureuse avec de l'amour, parce qu'on cherche inconsciemment à être de nouveau entier. Ce jour-là, en retrouvant son jumeau dans cet espace hypnotique, elle a cessé de chercher à l'extérieur ce qui avait toujours été à l'intérieur.
La cheville guérie, quand le corps confirme
Un mois avant cette séance, le jour de son anniversaire, elle avait fait une grave chute. Sa cheville et son orteil la faisaient encore souffrir.
Ce n'est pas un hasard.
L'anniversaire, pour un jumeau survivant, est une date paradoxale : c'est le jour de sa naissance, et simultanément le jour où l'autre n'a pas continué. Chaque anniversaire rejoue, inconsciemment, cette double réalité. Le corps le sait, même quand le mental ignore tout.
La cheville en symbolique corporelle représente la capacité à avancer, à changer de direction, à s'ancrer dans sa propre vie. Une cheville bloquée dit : je ne sais plus comment avancer. Je ne trouve pas ma direction.
Quand son jumeau a été rencontré, reconnu, nommé, et placé dans la lumière ; la cheville a retrouvé de la mobilité. En fin de séance. Sous ses yeux.
« C'est un truc de fou. », a-t-elle dit ! Non. C'est le corps qui confirme ce que l'âme vient de traverser. Le corps ne ment jamais. Il attendait simplement que la vraie cause soit adressée.
Ce que cette séance nous enseigne :
Nous portons des histoires bien plus profondes que ce que nous pensons. Des histoires qui commencent avant la naissance. Avant les premiers mots. Avant les premiers souvenirs. Des histoires inscrites dans le corps, dans les patterns relationnels, dans les douleurs physiques inexpliquées, dans cette sensation de ne jamais tout à fait trouver sa place. L'hypnose, associée au travail sur les mémoires transgénérationnelles, permet d'aller chercher ces histoires là où elles se tiennent : dans l'inconscient profond, dans le corps, dans l'espace symbolique de l'âme. Pas pour "prouver" quoi que ce soit. Pas pour construire une vérité. Mais pour rencontrer ce qui attendait d'être rencontré. Et parfois, dans cette rencontre, quelque chose se guérit. Quelque chose respire à nouveau. Quelque chose dit, enfin : je me suis retrouvée moi-même.
Vous vous reconnaissez dans ce que vous venez de lire ? Cette sensation de vide inexpliqué. De ne jamais trouver sa place. De chercher quelque chose ou quelqu'un sans vraiment savoir quoi. Peut-être que votre corps, lui, sait déjà ce qui attend d'être rencontré.